Tout ce qu’il faut savoir sur la prime de risque

La prime de risque à la loupe

Pourquoi aucun opérateur ne fournit la même prime de risque ? Qui a raison qui a tort ? Comment bien la choisir ? Est-ce un bon indicateur pour investir en Bourse ? A quoi sert-elle ?… Laurent Tarquinj, Gérant de Primederisque.com, répond à vos questions :

Qu’est ce que la prime de risque de marché ?

En Finance, les notions de rendement et de risque sont intimement liées. Les investisseurs ont la possibilité d’investir sur des actifs sans risque à faible rendement. Le taux sans risque est généralement assimilé au taux des obligations d’Etats correctement notés. Pour détenir un actif risqué, telles les actions, les investisseurs exigent un rendement plus important. C’est ainsi que les prix se forment sur les marchés par rapport aux espérances de gain. C’est cette différence, entre le taux de rendement exigé sur le marché action et le taux sans risque, que l’on nomme prime de risque de marché ou prime de risque des actions.

Les trois composantes principales de la prime de risque de marché sont : un indice de référence, la distribution de dividendes des sociétés composant l’indice et un taux sans risque. La prime de risque peut être historique, et donc basée sur des données réelles passées ou instantanées. Elle peut également être anticipée ou prospective et est alors calculée en actualisant les prévisions de dividendes futurs.

Et la prime de risque sur les obligations d’Etat ?

Le terme de prime de risque peut être utilisé pour nommé l’écart de rendement entre deux actifs. Depuis la crise de la dette en Europe, on parle très souvent de prime de risque entre les taux d’emprunts des différents états. Il ne s’agit dans ce cas que de la différence entre les taux de rémunération de deux actifs d’une même classe. Cette prime de risque n’a donc aucun rapport avec la prime de risque de marché.

Prime de risque historique ou prospective ?

La prime de risque historique s’attache à comparer, sur de longues périodes, la rentabilité passée d’un actif ou d’une classe d’actifs par rapport à celle de l’actif sans risque. Cette méthode, peu réactive, suppose que les investisseurs ont une exigence constante face aux risques, ce qui n’est pas le cas. La pertinence de cette méthode est très controversée.

Au moment où l’investisseur prend la décision d’acheter sur le marché boursier il ne connaît pas le rendement réel de l’actif. Il n’a en sa possession que des prévisions. La prime de risque prospective suppose que les cours du marché se forment par rapport à l’espérance de rentabilité que peuvent avoir les investisseurs. Cette méthode est donc plus représentative du marché à un instant donné.

La prime de risque : un bon indicateur pour investir en Bourse ?

Un certain nombre de journalistes ou d’analystes vous annoncent, par exemple, que la prime de risque étant plus élevée que sa moyenne long terme, les marchés devraient se redresser. La seule chose qu’indique la prime de risque c’est une crise de confiance des investisseurs, sur une entreprise, un secteur ou dans l’économie. Si on part malgré tout du postulat que la prime de risque reviendra à son niveau moyen historiquement constaté, cela ne signifie pas pour autant une hausse automatique des marchés.

En effet, la baisse de la prime de risque peut être liée à l’augmentation du taux sans risque ou bien à la dégradation des prévisions. Souvent, en période de crises, il y a un décalage entre les craintes de baisse de résultat et la dégradation des prévisions par les analystes ce qui a pour effet des pics de la prime de risque. Au moment de la dégradation des prévisions, la prime de risque revient à des niveaux moins extrêmes sans forcément voir les marchés remonter.

Quelle utilité alors ?

La prime de risque de marché est une constituante du coût moyen pondéré du capital (CMPC) qui correspond au taux de rentabilité exigé par les actionnaires sur leurs investissements.

Dans le MEDAF, taux de rentabilité exigé = taux sans risque + prime de risque x Beta.

Le CMPC est utilisé pour actualiser les flux de trésorerie futurs d’un investissement. La méthode d’actualisation des flux de trésorerie également appelée méthode des Discounted Cash Flows est très fréquemment utilisée dans les évaluations d’entreprises ou lors des tests de dépréciation annuels des sociétés soumises aux normes comptables IFRS. Le choix de la prime de risque dans la constitution du taux d’actualisation est crucial car elle doit être représentative du marché.

Pourquoi trouve-t’on des primes de risque allant du simple au double ?

C’est tout à fait compréhensible. Il existe plusieurs paramètres pour calculer la prime de risque de marché : l’indice de référence, les prévisions de distribution de dividendes et le taux sans risque. Si un opérateur choisit le CAC40, le SBF120, le Dow Jones, l’Eurostoxx50, un indice spolié des sociétés financières ou bien même un indice auto constitué, il existe déjà une multitude de résultats possibles. Si vous ajoutez à cela les divers taux sans risque, OAT Tec 10, Bund 10, Bond 10, la prise en compte d’1, 2 ou 3 ans de prévisions, le taux d’actualisation des prévisions, cela peut aboutir à une infinité de résultats tout en respectant la formule théorique du calcul de la prime de risque.

Alors qui a raison, qui a tort ?

Il n’est pas question d’avoir tort ou d’avoir raison, c’est aux experts qui utilisent ces données de se pencher sur les constituantes du calcul afin de justifier leur choix. Comme par exemple justifier qu’ils ont choisi des données européennes plutôt que françaises. Un petit bémol toutefois dans deux situations : celle où les opérateurs utilisent leurs propres prévisions, et dans une moindre mesure, celle où ils composent eux-mêmes leur indice.

Pourquoi les fournisseurs de prime de risque ne doivent-ils pas utiliser leurs propres données ?

C’est une question d’indépendance et de représentativité du marché. Les indices officiels sont constitués selon des règles connues de tous, si un opérateur fabrique son indice, aussi sérieux soit-il, il n’est que le fruit de son unique avis. Il faut de plus vous assurer qu’il pourra également vous fournir des Bêtas calculés par rapport à ce même indice. Les données utilisées doivent en effet toujours être cohérentes entre elles.

Pour les prévisions c’est encore plus grave. Comme expliqué plus tôt, la prime de risque représente ce que demande en plus les investisseurs, à un instant T, par rapport aux prévisions dont ils ont connaissance. Cela signifie que tous les investisseurs doivent avoir accès à ses prévisions au moment de leur investissement, sinon cette prime de risque n’est pas représentative du marché. De plus, il est toujours risqué de se reporter à l’avis d’un unique analyste, même le plus compétent.

Que penser d’une moyenne entre plusieurs primes de risque ?

C’est LA chose à ne pas faire. D’une part cela montre que l’expert n’a pas su justifier son choix et qu’il est finalement dubitatif face à la multiplicité des primes de risque. D’autre part, à moins d’être sûr à 100% que les primes de risque sont calculées avec exactement les mêmes bases (indice et taux sans risque), faire une moyenne aboutit à un taux qui ne représente rien, autant le sortir directement de son chapeau. Personne ne ferait une moyenne entre le CAC40 et le Dow Jones ou entre l’OAT Tec 10 et le Bund allemand, ça n’aurait aucun sens. Pourquoi le faire avec la prime de risque alors ?

Comment bien la choisir ?

Le plus important est de connaître les principales constituantes utilisées pour calculer la prime de risque que vous choisissez. Cela permet de vous assurer qu’elle correspond à vos attentes et surtout qu’elle utilise des données de marché. Le choix d’une prime de risque est complexe et requiert de se poser les bonnes questions.

Où trouver la prime de risque du marché actions français ?

Primederisque.com a conçu pour vous un produit clef en main unique en son genre. Vous recevez dans un seul et unique document la prime de risque du marché français et toutes les données nécessaires à la mise en place de la méthode de l’actualisation des flux de trésorerie dans votre boite mail. Des données spot mais également des moyennes de 1 mois à 20 ans vous permettent de faire votre choix sans perdre de temps à gérer d’immenses bases de données et à effectuer les calculs. A l’unité ou sur abonnement les lettres de Primederisque.com sont votre outil indispensable pour mener à bien vos évaluations.

Évolution de la prime de risque du CAC40

Article publié sur LesEchos

Par Laurent Tarquinj, Gérant de Primederisque.com

Mise à jour du 2 avril 2018